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Devenir et être tatoueur

Eh bien c’est très simple, il suffit de passer votre formation d’hygiène et de vous acheter un kit sur Amazon. Bravo !

Il y a de quoi rire, pourtant c’est ce qui arrive parfois. Un shop avait ouvert il y a quelques années dans ma ville. C’était bien avant que je me lance dans cette aventure qu’est le tatouage. Et à cette époque, c’est visiblement ce que cette personne avait fait. On est jugé sur ce qu’on produit, et je peux vous dire qu’a cette époque personne du métier n’aurait parié qu’elle eut un quelconque entrainement avant d’ouvrir son shop, ni un avenir dans ce métier d’ailleurs. On est en 2020, la concurrence n’a jamais été aussi présente, pesante que depuis l’air d’Instagram. Et c’est tant mieux. Les clients sont globalement plus exigeants, ils se font un œil petit à petit. Et ouvrir son shop sans n’avoir jamais pratiqué en 2020, bonne chance. Maintenant, je pourrais dire qu’elle fait un travail décent. Mais, je n’ai pas envie qu’on dise de moi que je fais un travail décent, ça serait assez terrible. Là où je veux en venir c’est que ce n’est pas tellement le chemin que l’on peut emprunter qui compte, c’est plutôt la destination. Je ne veux pas faire du travail décent, je veux plus, beaucoup plus que ça. Alors, même si je considère que j’ai travaillé dur (et j’essaie de continuer), on s’en fiche, ce qui compte c’est le résultat. Et honnêtement, si un client est content à la fin de la séance c’est bien, mais ça n’a pas vraiment d’importance. J’essaie de prendre du recul (entendre par la de l’objectivité) et je contemple, je pinaille, j’essaie de trouver ce qui ne va pas, et j’essaierais de faire encore mieux. Ce qui compte c’est d’avoir un but, si possible inatteignable, histoire de ne jamais s’arrêter. Je dirais que ce qui fait la différence entre un tatoueur et un autre c’est ça. Il n’y a pas de mal à être l’un ou l’autre, mais si ton souhait c’est d’être plus qu’un tatoueur de quartier, je te conseille d’avoir un but, et une volonté à toute épreuve.

Honnêtement, je pourrais arrêter l’article ici, mais j’aimerais te donner un avant-goût ou un autre son de cloche que ce que tu peux voir à la télévision.

Je me considère impliqué, j’ai à cœur de faire mieux. Ce n’est pas le cas pour tout le monde, mais ceux qui le sont, savent que tatouer c’est éprouvant. C’est un blog personnel, du coup j’estime avoir le droit que ce dernier le soit. Commençons…

Avant tout, le premier impact qu’a eu le tatouage dans ma vie à été sur la santé. Depuis maintenant 5 ans (depuis que je tatoue donc) j’ai des soucis de santé liée à l’anxiété qu’implique le tatouage. J’espère en voir la fin à force de pratique, mais la route est longue et elle vous ronge de l’intérieur. Et si cette partie est la première que je mets en avant, c’est qu’elle n’est pas juste anecdotique.

C’est frustrant, surtout au début, savoir tatouer ce n’est pas juste avoir un dermographe et repasser par-dessus un calque. Débuter dans le tatouage c’est logiquement (si vous êtes impliqué) avoir tout un tas de connaissance théorique et une fois la machine entre les mains ,vous vous rendez compte que ce n’est pas par ce que vous savez, que vous savez. Et c’est frustrant, car vous savez comment faire, mais la main ne suit pas. Et c’est ce qui est encore plus frustrant c’est qu’une fois que tu sais, ça va recommencer, comme ça, encore et encore. L’apprentissage ne se termine jamais.

Mal dormir et sueurs nocturnes. Une ligne mal tracée, un tatouage qui revient mal cicatrisé, de la frustration liée à un résultat dur à atteindre, un souci matériel… la liste est longue. Et tout ça, ça te travaille, ça bouffe ton esprit et ça t’empêche de dormir. Je dirais que de tous les points celui-ci est celui qui s’apprivoise le plus facilement. Car après tout, ce qui est fait, est fait.

Là où je veux en venir c’est qu’être tatoueur ce n’est pas comme on se l’imagine. Nombreux sont ceux ayant arrêtés avant d’avoir commencé, nombreux sont ceux ayant arrêtés prématurément pendant la période “d’apprentissage” (pour plein de raisons diverses). On n’est pas des rock stars, même si certains aiment à se l’imaginer, on ne sauve pas des vies, rien de tout ça. Être tatoueur ça prend du temps, de l’investissement personnel, financier et des sacrifices. Et avec toutes les nuances que ces mots impliquent.

Mais malgré tout et c’est peut-être par ce que le chemin n’est pas si facile, qu’on peut parfois se permettre d’enfin souffler un peu, d’apprécier où on est avant d’aller un peu plus loin…

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